×

Entre engagement sincère, dérives opportunistes et responsabilité historique

Il est temps d’avoir, dans notre pays, une discussion sérieuse, honnête et sans hypocrisie sur ce que doit être la société civile dans une démocratie moderne.

Le peuple sénégalais est un peuple mature. Il a démontré, à plusieurs reprises, sa capacité à discerner, à sanctionner, à choisir et à refuser de donner sa confiance à certains acteurs qui ont voulu se draper du manteau de la société civile pour emprunter des portes dérobées vers le pouvoir.

Certains ont tenté d’utiliser cette posture comme tremplin politique. D’autres ont rêvé de diriger ce pays avant d’être recalés par le parrainage ou par la volonté populaire. D’autres encore ont fait de la critique permanente un fonds de commerce, vivant dans une logique de pression, de chantage politique ou de marchandage avec les régimes successifs. Certains ont porté cette casquette pour devenir ministres, accéder à des fonctions ou se repositionner dans le jeu politique.

Et pourtant, on les entend rarement dans la production intellectuelle sérieuse. On les voit peu proposer des solutions concrètes aux défis économiques, sociaux, éducatifs, industriels ou géopolitiques qui interpellent notre nation et notre continent.

Je conçois, et je l’affirme clairement, qu’une véritable société civile est indispensable dans une démocratie. Elle constitue un élément régulateur essentiel. Mais elle doit être animée par des hommes et des femmes qui acceptent de renoncer aux postes et aux privilèges afin de porter sincèrement la voix des couches démunies.

Une vraie société civile doit :
• éveiller les consciences ;
• expliquer les politiques publiques ;
• dévoiler ce que les acteurs politiques cachent parfois ;
• alerter les décideurs ;
• défendre les populations dans la légalité ;
• veiller au respect de la Constitution ;
• pousser l’Assemblée nationale à légiférer dans l’intérêt général ;
• rappeler à la justice son exigence d’équité et d’indépendance ;
• accompagner les citoyens face aux injustices et aux oppressions.

Mais elle ne doit jamais se transformer en instrument de règlement de comptes, en espace de chantage ou en structure de partage du gâteau.

La société civile doit réconcilier, non diviser. Elle doit éclairer, non manipuler. Elle doit servir, non se servir.

Dans ce pays, nous voyons malheureusement des individus issus de partis politiques, de corporations ou d’organisations diverses — qui n’ont pas réussi à obtenir les responsabilités qu’ils convoitaient — se réveiller un beau matin pour occuper les plateaux de télévision, multiplier les communiqués et s’autoproclamer régulateurs de la République. Quelle facilité déconcertante.

Aujourd’hui encore, certains utilisent la candidature de Macky Sall comme prétexte pour lancer des appels du pied aux nouvelles autorités, dans l’espoir d’exister politiquement ou de se repositionner.

Heureusement, il faut reconnaître une chose au régime de PASTEF : il semble hermétique à ce type de comportements opportunistes et à ces pressions qui servent davantage des intérêts particuliers que l’intérêt national.

Il est indécent d’attaquer la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies sur la seule base d’un bilan politique local qui, malgré les débats qu’il suscite, a déjà été tranché par le peuple sénégalais à travers les urnes.

Aux Nations unies, il ne s’agit ni de gérer nos deniers publics ni d’être rémunéré par les impôts des Sénégalais. Il s’agit de représenter une vision, une expérience, une capacité de dialogue et de faire rayonner le Sénégal et l’Afrique sur la scène mondiale.

Cette candidature permet de montrer que des fils d’Afrique peuvent prétendre aux plus hautes responsabilités internationales, que nous pouvons participer à l’écriture de l’Histoire au lieu de simplement la subir.

C’est pourquoi je suis gêné de voir certains intellectuels autoproclamés, certains « sachants » qui ont eux-mêmes aspiré à diriger ce pays, s’acharner contre une telle perspective. Cette attitude confirme, une fois encore, la lucidité du peuple sénégalais lorsqu’il a refusé de leur accorder sa confiance.

Je plaide donc pour une redéfinition sérieuse de ce que doit être la société civile. Non pas pour attaquer la véritable société civile car elle existe bel et bien dans ce pays mais pour distinguer les hommes et femmes de conviction des opportunistes de circonstance.

Oui, il existe au Sénégal des figures respectables de la société civile qui, depuis des décennies, se battent sans chercher postes, privilèges ou avantages personnels. Ceux-là méritent respect et reconnaissance. Ils ne sont peut-être pas nombreux, mais ils honorent leur engagement.

Je ne suis pas partisan de la généralisation. Qu’on ne me prête donc aucune volonté d’attaquer la vraie société civile. Tel n’est pas mon propos.

Mais il faut dénoncer clairement ceux qui utilisent cette position pour régler des comptes personnels, poursuivre des ambitions cachées ou combattre, de manière honteuse, la candidature d’un fils d’Afrique à la tête des Nations unies.

Et j’insiste sur un point important : nous qui soutenons cette candidature devons éviter d’être entraînés vers le bas dans des débats stériles et nauséabonds.

Nous portons une candidature de consensus, une candidature qui rassemble, une candidature qui réconcilie et qui ne considère personne comme un ennemi.

Ne nous laissons pas enliser dans des polémiques inutiles qui n’honorent pas le débat public. Même s’il est parfois nécessaire de préciser certaines choses et de rappeler certains à l’ordre lorsqu’ils ne comprennent pas les enjeux véritables, gardons toujours de la hauteur, de la dignité et du sens historique.

Thierno LÔ
Ancien Ministre
Président de l’Alliance pour la Paix et le Développement (APD)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Auteur/autrice

haraanpro@gmail.com

Publications similaires

QUAND LES INVESTISSEURS DOUTENT, LA NATION DOIT ÉCOUTER

La lettre ouverte de Serigne Mboup mérite d’être lue avec attention. Non parce qu’elle émane simplement d’un chef d’entreprise ou d’un élu...

Lire la suite
thiernolo11

OPACITÉ, DROIT À L’INFORMATION ET RESPONSABILITÉ DE L’ÉTAT

J’ai pris connaissance de la réponse que Monsieur Babacar Gaye a bien voulu me transmettre, réponse signée par Monsieur Oumar Samba Ba,...

Lire la suite