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Notre société semble avoir développé une étrange obsession : celle d’être toujours devant. Devant dans les rangs, devant dans les cérémonies, devant dans les organisations, devant dans les entreprises, devant dans les partis politiques, devant dans les médias, devant partout.
Comme si la valeur d’un individu se mesurait uniquement à sa capacité à occuper la première place.
Pourtant, cette course permanente vers l’avant mérite d’être interrogée.
Pourquoi voulons-nous tous diriger, mais si peu accepter de servir ? Pourquoi recherchons-nous les titres, les postes et les privilèges qui les accompagnent, parfois au détriment de l’intérêt collectif ? Pourquoi la compétition pour le pouvoir devient-elle souvent plus importante que la mission elle-même ?
Les psychologues expliquent que ce besoin d’être devant peut parfois répondre à une quête de reconnaissance, de validation sociale ou à la volonté de laisser une trace. Ce désir est humain et parfaitement légitime lorsqu’il est porté par la compétence, le mérite et le sens des responsabilités.
Mais lorsqu’il devient une obsession, il produit des effets pervers.
Dans nos organisations, il engendre des rivalités inutiles, des frustrations, des conflits d’ego et parfois même des divisions profondes. Des talents se neutralisent mutuellement alors qu’ils devraient se compléter. Des projets échouent parce que chacun veut être le chef plutôt que l’artisan de la réussite commune.
L’histoire nous enseigne pourtant une autre leçon.
Certaines des personnalités les plus influentes n’ont pas cherché à être devant à tout prix. Elles ont travaillé, construit, appris, servi, jusqu’à ce que les circonstances, les résultats ou leurs pairs les désignent naturellement pour conduire les autres.
Le véritable leadership n’est pas toujours celui qui se proclame. Il est souvent celui qui s’impose par l’exemple.
Il existe une grandeur discrète dans le fait d’accepter de faire partie de l’ensemble. Il y a de la noblesse à contribuer sans rechercher systématiquement les projecteurs. Une société solide repose autant sur ceux qui dirigent que sur ceux qui exécutent avec compétence, loyauté et professionnalisme.
Être derrière n’est pas un échec.
Être au milieu n’est pas une humiliation.
Ne pas être choisi immédiatement n’est pas une injustice.
Parfois, la sagesse consiste à apprendre, à observer, à se préparer et à laisser le temps révéler les compétences véritables.
Dans un contexte où les compétitions politiques, les luttes d’influence et les batailles de position occupent souvent le devant de la scène, il devient urgent de réhabiliter certaines vertus : l’humilité, le respect, la patience et le sens du collectif.
Car le plus important n’est pas d’être devant.
Le plus important est d’être utile.
Et bien souvent, ceux qui marquent durablement l’histoire sont ceux qui ont d’abord accepté de servir avant d’être appelés à conduire.
La grandeur ne consiste pas toujours à occuper la première place. Elle consiste surtout à mériter la confiance qui permet d’y accéder.
Thierno LO
Un Républicain Libre
