- 0
- 487 words
La lettre ouverte de Serigne Mboup mérite d’être lue avec attention. Non parce qu’elle émane simplement d’un chef d’entreprise ou d’un élu local, mais parce qu’elle exprime une inquiétude profonde qui dépasse les clivages politiques.
Lorsqu’un acteur majeur du secteur privé, un homme qui investit, crée des emplois, prend des risques et participe à la construction de l’économie nationale, en arrive à s’interroger publiquement sur la trajectoire du pays, l’alerte doit être prise au sérieux.
Plus grave encore, lorsque certains investisseurs commencent à penser à la délocalisation de leurs activités ou à orienter leurs investissements vers d’autres horizons, ce n’est plus une préoccupation individuelle. C’est un signal adressé à toute la Nation.
Les entrepreneurs sont souvent les premiers à percevoir les fragilités d’un pays. Ils vivent au quotidien la réalité de l’investissement, de la confiance, de la stabilité et de la sécurité juridique. Leur inquiétude n’est jamais anodine.
Dans ce contexte, le silence n’est pas toujours synonyme de sérénité. Il peut être de la résignation. Il peut être de la prudence. Il peut parfois traduire une peur de s’exprimer. C’est pourquoi il faut saluer le courage de ceux qui prennent la parole lorsque l’intérêt supérieur de la Nation leur semble menacé.
Depuis plusieurs années, je ne cesse d’alerter sur un danger : lorsque les contradictions politiques cessent d’être arbitrées par le dialogue et se déplacent vers les institutions, c’est la République elle-même qui devient le terrain de confrontation.
La Constitution n’est ni la propriété du pouvoir ni celle de l’opposition. Elle est le patrimoine commun de la Nation. Elle est le poumon de la République. Lorsqu’elle devient un instrument de combat politique, c’est la confiance collective qui recule.
L’appel de Serigne Mboup au dialogue, à l’écoute et à la responsabilité mérite donc d’être entendu. Une démocratie se renforce lorsque les divergences sont gérées par la concertation et non par l’affrontement permanent.
L’histoire enseigne que les nations ne s’affaiblissent pas seulement sous l’effet des difficultés économiques. Elles vacillent lorsque disparaissent progressivement la confiance, le respect des règles communes et la capacité des citoyens à se reconnaître dans un destin partagé.
Nous devons sortir de la logique des camps pour revenir à la logique de la Nation.
Lorsque ceux qui produisent, investissent et créent de la richesse commencent à exprimer leurs inquiétudes, il ne faut ni les caricaturer ni les ignorer. Il faut les écouter.
La lettre de Serigne Mboup est moins une prise de position qu’un avertissement citoyen. Et les avertissements lancés au nom de l’intérêt général doivent toujours être entendus avant qu’il ne soi
