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Cette réplique d’Idrissa Seck à un journaliste qui l’interrogeait sur son train de vie m’a toujours marqué. Au-delà de la formule, elle exprime un refus du misérabilisme et de cette tendance qui consiste à vouloir tirer vers le bas ceux qui réussissent plutôt qu’à chercher à élever ceux qui sont encore en difficulté.

Bien entendu, toute richesse n’est pas vertueuse et les détournements de deniers publics doivent être combattus avec rigueur. Mais tout enrichissement ne procède pas de la prévarication, de la corruption ou de la malversation. Il existe aussi la réussite née du travail, de la compétence, du risque entrepreneurial, de l’innovation, de l’effort et de longues années de sacrifices.

Refuser de voir des compatriotes accéder à un niveau de vie élevé est souvent le signe d’un manque d’ambition collective. Une société progresse lorsqu’elle produit des femmes et des hommes capables d’atteindre l’excellence, de créer des entreprises, d’investir, d’employer et de générer de la valeur. Ceux qui créent de la richesse ne sont pas les ennemis de la nation ; ils peuvent en être des moteurs lorsqu’ils agissent dans le respect des règles.

J’ai souvent défendu l’impérieuse nécessité pour notre pays de disposer d’une élite du savoir, de l’expérience et de la compétence. Les experts, les entrepreneurs, les chercheurs, les cadres, les artisans performants et les créateurs de valeur sont indispensables au développement. Ce sont eux qui portent l’économie, créent des emplois, remplissent les caisses de l’État par leurs contributions et alimentent les chaînes de solidarité.

À l’inverse, la culture de la suspicion permanente, de l’envie et de la haine sociale constitue un frein au développement. Lorsqu’on passe son temps à surveiller la réussite des autres pour la discréditer plutôt que pour s’en inspirer, on détruit l’un des fondements essentiels de toute économie moderne : la confiance.

Cette crise de confiance a des conséquences concrètes. Elle décourage l’investissement, pousse certains à conserver leur argent dans les banques ou à domicile plutôt qu’à financer des projets productifs, réduit les opportunités d’emploi et affaiblit la solidarité nationale. Plus grave encore, elle conduit parfois à faire davantage confiance à l’étranger qu’à son propre compatriote.

Il faut également reconnaître que certains acteurs politiques exploitent les difficultés réelles de nos concitoyens pour opposer systématiquement les pauvres aux riches, dans une généralisation abusive qui finit par présenter toute réussite comme suspecte. Cette logique nourrit l’aigreur, l’envie et le ressentiment, sans créer le moindre emploi ni la moindre richesse.

Notre ambition devrait être tout autre : permettre au plus grand nombre d’accéder à de meilleures conditions de vie, encourager l’effort, valoriser le mérite, promouvoir l’investissement et créer un environnement où la réussite inspire au lieu de susciter la méfiance.

L’économie ressemble à un train lancé sur ses rails. Pour qu’il avance, il faut lever les obstacles qui entravent sa marche : la défiance, la jalousie sociale, la suspicion systématique et le refus de l’excellence. Une nation ne se développe pas en ramenant les plus avancés vers le bas ; elle se développe en donnant au plus grand nombre les moyens de les rejoindre.

Le véritable défi n’est pas de partager la pauvreté. Il est de construire les conditions d’une prospérité suffisamment forte pour être partagée par tous.

Thierno Lo
Un Républicain Libre

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