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Notre pays a besoin d’un véritable réarmement moral, intellectuel et patriotique. Ce qui est aujourd’hui servi à notre jeunesse comme modèle, comme contenu et comme horizon est profondément inquiétant. Pendant que le monde avance par le travail, la discipline, la science et la production, nous nous installons dangereusement dans la banalisation des contre-valeurs, de l’injure, de la haine, de la délation et du vacarme permanent.
C’est pourquoi je considère que les consultations annoncées par le Président de la République sont plus utiles que le format classique d’un dialogue national. Mais ces consultations doivent avoir un objectif clair : sauver la République, panser ses balafres et restaurer les fondements de notre vivre-ensemble.
Le Président doit parler à la Nation de réconciliation, d’unité nationale, de discipline, de respect mutuel, d’amour de la patrie, de restauration de nos valeurs et de nos socles éducatifs. Car sans ces préalables, aucune souveraineté durable, aucune dignité nationale, aucun développement sérieux ne seront possibles.
Nous assistons aujourd’hui à une dérive extrêmement grave : les réseaux sociaux veulent remplacer les institutions, les enquêteurs, les magistrats et même les avocats. Des procès-verbaux d’enquête circulent publiquement, des responsables du service public s’épanchent dans les médias, des verdicts populaires sont prononcés avant même que la justice ne parle. Ce n’est pas de la transparence ; c’est le dépouillement progressif de l’autorité de l’État. Notre police, notre justice et nos corps de contrôle disposent pourtant des compétences nécessaires pour faire leur travail dans les cadres prévus par la République.
Pendant ce temps, les véritables urgences nationales disparaissent du débat : emploi des jeunes, formation, industrialisation, évaluation des politiques publiques, performance de l’administration, souveraineté économique. Les ministres et directeurs semblent absents du débat stratégique, l’Assemblée nationale donne parfois le sentiment d’un théâtre politique permanent, les institutions se fragilisent, et l’on touche même aux règles qui ont permis toutes nos alternances démocratiques sans contestation majeure. Beaucoup de serviteurs de l’État s’interrogent aujourd’hui avec inquiétude.
Ce plaidoyer est un cri d’alarme. Il est peut-être temps que chacun comprenne que la République est en danger lorsque les passions remplacent la raison, lorsque les contre-valeurs dominent le mérite et lorsque la haine prend le dessus sur l’intérêt national.
La grande question que beaucoup de Sénégalais se posent désormais est douloureuse : qu’avons-nous fait pour tomber aussi bas ?
Il est encore temps de nous ressaisir. Mais le temps presse.
Ministre Thierno LO
