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Le lycée de Bambey porte désormais le nom du Doyen Ibrahima Fall.
Et je ne peux m’empêcher de saluer, avec force et émotion, cette initiative hautement symbolique et profondément salutaire.
Depuis toujours, j’ai dénoncé cette mauvaise habitude qui consiste à ignorer nos compatriotes de leur vivant, pour ne les célébrer qu’au seuil de la morgue de l’hôpital principal. Cette pratique est une hypocrisie collective. Elle est injuste, stérile et dangereuse.
Dangereuse surtout pour notre jeunesse, ballotée d’un camp à l’autre par les courants violents et déroutants de ce nouveau monde, en quête de repères, de modèles, de visages incarnant l’honneur, le service et la dignité.
Célébrer le Doyen Fall de son vivant, c’est rompre avec cette paresse morale.
C’est dire à nos élèves : voici un homme, voici un parcours, voici une vie qui mérite d’être connue, méditée et imitée.
En Ibrahima Fall, les élèves découvriront :
• l’enseignant rigoureux aux solides réseaux intellectuels,
• le syndicaliste lucide, jamais obnubilé par les seules revendications salariales, mais profondément engagé pour les réformes pédagogiques et la qualité de l’enseignement,
• le défenseur résolu de l’intégration africaine,
• le combattant de la liberté,
• le panafricaniste pur et constant.
Lui et son frère de combat et de destin, Iba Der Thiam, ont servi leur pays sans jamais se servir.
Ils ont écrit de belles pages syndicales, de grandes pages universitaires, d’importantes pages ministérielles et politiques.
Ils avaient les opportunités, mais ils ont choisi l’éthique.
Ils avaient les leviers, mais ils ont préféré la République.
J’ai eu l’honneur de partager avec eux la même formation politique, la CDP Garab Gi.
Je les ai vus, en Bureau national, verser des larmes en parlant du Sénégal et de l’Afrique. Des larmes sincères, rares, précieuses : celles des patriotes véritables.
Le philosophe Hannah Arendt rappelait que « le sens de la politique est la liberté ».
Et Aimé Césaire nous enseignait que « une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente ».
Honorer ses serviteurs de leur vivant, c’est précisément refuser cette décadence morale.
C’est restaurer la chaîne de la transmission.
C’est donner chair à la République.
À la jeunesse qui cherche à comprendre ce que veulent dire patriotisme, souveraineté, service désintéressé de l’État, il faut dire simplement :
allez voir le parrain, le Doyen Ibrahima Fall.
Cher Ibrahima, je suis profondément heureux de voir ton nom gravé à jamais sur ce lycée de Bambey, non loin de l’Université Iba Der Thiam, ton jumeau d’idéal et de combat.
L’histoire, pour une fois, n’a pas attendu la mort pour dire merci.
Mes remerciements sincères aux autorités qui ont permis cette reconnaissance juste, utile et exemplaire.
Car une Nation qui sait honorer ses serviteurs vivants prépare des citoyens debout.
Thierno Lo
Un Républicain libre
